LES 7 ÉTAPES DE L’ACCEPTATION (OU DU DEUIL)
ACCOMPAGNEMENT DE COACHING
Récemment, lors d’une conférence, une phrase m’a particulièrement interpellée :
un deuil mal traversé — ou des deuils accumulés et non intégrés — se cachent souvent derrière des burnouts, des dépressions ou un mal-être diffus.
Cette réflexion a profondément résonné dans ma pratique.
Depuis, j’ose poser une question simple à mes clients en coaching :
« Comment avez-vous vécu votre premier deuil ? »
Très souvent, un silence s’installe.
Puis émergent des souvenirs émus, parfois minimisés, souvent traversés dans la solitude.
Notre société nous prépare à réussir, performer, avancer.
Mais elle nous apprend rarement à perdre. À traverser la fin d’un cycle. À intégrer une rupture.
C’est pourquoi le travail autour de l’acceptation et du deuil — au sens large — occupe aujourd’hui une place sensible dans mon accompagnement.
Voici un aperçu de ce cheminement.
Comprendre le processus pour mieux traverser les transitions de vie
Perte d’un proche, séparation, burn-out, licenciement, maladie, changement de cap professionnel, rupture de repères…
Certaines expériences bouleversent profondément notre équilibre et nous obligent à réorganiser notre monde intérieur.
Le processus d’acceptation — souvent associé au deuil — ne concerne pas uniquement la mort. Il s’applique à toute situation où une réalité s’effondre et où une nouvelle doit émerger.
Comprendre ces étapes permet de :
- mettre du sens sur ce que vous traversez,
- éviter de vous juger ou culpabiliser,
- identifier où vous en êtes,
- avancer avec plus de conscience et de discernement.
Ces étapes constituent des repères, non des obligations.
1. Le choc : l’arrêt brutal
La première réaction face à une perte ou un bouleversement est souvent la sidération.
Vous pouvez vous sentir figé, détaché, presque « absent ».
C’est un mécanisme de protection naturel : votre système nerveux amortit l’impact pour éviter une surcharge émotionnelle.
Le processus commence dans ce silence intérieur.
2. Le déni : tenir le temps que l’on peut
Minimiser. Continuer comme si de rien n’était. Se convaincre que « ce n’est pas possible ou ce n’est pas si grave ».
Le déni est une protection temporaire. Il permet de mobiliser progressivement les ressources nécessaires pour faire face à la réalité.
Cependant, lorsqu’il se prolonge, il peut empêcher la mise en mouvement et retarder les décisions importantes.
3. La colère : l’énergie du mouvement
Lorsque la réalité devient de plus en plus concret et le corps trouve les ressources, la colère apparaît.
Elle est souvent liée à un sentiment d’injustice :
« Ce n’est pas normal. Ce n’est pas possible! »
« Ce n’est pas juste. »
En coaching, nous considérons la colère comme une énergie.
Bien accompagnée, elle peut devenir une force de clarification, de positionnement et de transformation.
Refoulée, elle épuise.
Canalisée, elle remet en mouvement.
4. Le marchandage : entre pouvoir et impuissance
Cette étape est particulièrement délicate.
Elle est tiraillée entre deux forces :
- La colère qui dit : “Je peux encore changer quelque chose.”
- L’impuissance qui murmure : “Je dois lâcher prise.”
C’est ici que le discernement devient essentiel.
Toutes les situations ne doivent pas être acceptées passivement.
Certaines réalités sont irréversibles certes mais d’autres sont inacceptables et nécessitent une action, un repositionnement, une limite claire.
Accepter trop vite peut conduire à un faux processus d’acceptation — une adaptation prématurée alors qu’un changement reste possible.
Dans un accompagnement, nous travaillons précisément cette zone :
- Qu’est-ce qui relève de l’inévitable ?
- Qu’est-ce qui peut être transformé ?
- Où se situe votre pouvoir d’action ?
Lorsque tout a été tenté et qu’aucune transformation n’est possible, le lâcher-prise devient alors un choix conscient — et non une soumission.
5. La tristesse : intégrer la réalité
Lorsque l’impuissance est reconnue, la tristesse peut émerger.
C’est une phase d’intégration.
Le corps relâche. Le rythme ralentit. Les émotions se déposent.
La tristesse n’est pas un échec.
Elle est un passage nécessaire vers l’apaisement.
En coaching, l’objectif n’est pas de « supprimer » cette étape, mais de la traverser sans s’y enliser.
6. L’acceptation : un basculement intérieur
L’acceptation ne signifie ni approuver, ni oublier.
Elle signifie reconnaître pleinement la réalité.
À cet endroit, quelque chose change :
Vous cessez de lutter contre ce qui est.
Votre énergie redevient disponible pour construire autre chose.
C’est souvent un moment de recentrage profond.
Les priorités évoluent.
Les peurs peuvent être confrontées et dépassées.
La vision se clarifie.
7. La reconstruction : transformer l’épreuve en levier
La reconstruction est l’étape de la résilience active.
Peu à peu :
- vous retrouvez votre énergie,
- vous redéfinissez vos repères,
- vous construisez un nouveau projet.
Pour certaines personnes, la résilience passe par l’engagement :
s’investir dans une cause, défendre des valeurs, transformer une injustice vécue en action constructive.
La souffrance ne disparaît pas — elle se transforme en maturité, en clarté, parfois en mission.
Pourquoi se faire accompagner ?
Traverser ces étapes seul peut être long et parfois déroutant.
Un accompagnement professionnel permet :
-
d’identifier précisément où vous en êtes,
-
de mettre en lumière des blocages conscients ou enfouis,
-
d’aider à discerner l’étape du marchandage — et à clarifier s’il s’agit d’accepter une réalité ou de relever un défi,
-
de transformer une crise en opportunité d’évolution.
Le coaching ne force pas l’acceptation.
Il soutient la conscience, le discernement et la mise en mouvement.
Il ne supprime pas l’épreuve.
Il met en lumière un nouveau chemin — une traversée possible — dans laquelle vous pouvez vous sentir progressivement plus fortifié.
À travers ce processus, vous développez une solidité intérieure, une clarté et un alignement qui vous permettent non seulement de traverser l’épreuve actuelle, mais aussi d’envisager les prochains défis avec plus de stabilité et de confiance.
INFORMATIONS APPROFONDIES
Les 7 étapes de l’acceptation : comprendre le processus du deuil
Le processus d’acceptation — souvent associé au deuil — ne concerne pas uniquement la perte d’un être cher. Il peut aussi s’appliquer à une séparation, une perte d’emploi, une maladie, une injustice, un traumatisme ou tout changement brutal qui vient bouleverser notre équilibre.
Ces étapes ne sont ni strictement linéaires ni identiques pour tous. Certaines personnes peuvent en traverser plusieurs en même temps, revenir en arrière ou rester plus longtemps dans l’une d’elles. Elles constituent toutefois des repères précieux pour comprendre ce qui se vit intérieurement.
1. Le choc (ou la sidération)
Le choc est la première réaction face à l’annonce d’une perte. Il agit comme un mécanisme de protection immédiat. La personne peut sembler calme, absente, figée, voire sans émotion.
Cette sidération amortit l’impact de la nouvelle. Le psychisme se met en mode “protection” pour éviter une surcharge émotionnelle trop brutale. C’est une phase tampon : le processus d’acceptation commence ici, souvent dans le silence intérieur.
2. Le déni
Le déni consiste à refuser — consciemment ou non — la réalité de la situation.
Minimiser, banaliser, continuer “comme si de rien n’était”.
Ce mécanisme de défense est utile au départ. Il permet de gagner du temps et de rassembler les ressources nécessaires pour affronter la douleur.
Sur le plan neurobiologique, face à un choc intense, le cerveau peut temporairement réduire certaines connexions émotionnelles afin de limiter l’impact psychique. Ce phénomène est particulièrement visible chez les enfants confrontés à des traumatismes (abus, guerre, perte brutale d’un parent), mais il peut aussi se produire chez l’adulte.
Le déni est donc une protection.
Cependant, s’il se prolonge, il peut empêcher l’intégration de l’événement et figer le processus de deuil.
3. La colère
Lorsque la réalité commence à s’imposer, la colère apparaît. Elle est souvent liée à un profond sentiment d’injustice.
Pourquoi ?
Pourquoi moi ?
Pourquoi maintenant ?
La colère est une émotion essentielle. Elle redonne de l’énergie là où le choc et le déni avaient figé la personne. Elle remet du mouvement.
Elle doit pouvoir être exprimée — de manière juste, sans destruction ni vengeance. Refoulée, elle peut se transformer en amertume ou en auto-agression. Accueillie et canalisée, elle devient une force.
4. Le marchandage (ou la négociation)
Cette phase est profondément tiraillée entre deux forces opposées :
la colère — “je peux encore changer quelque chose” — et l’impuissance — “je dois lâcher prise”.
C’est une étape de tension intérieure intense. La colère y joue un rôle central : elle cherche une issue, une alternative, une possibilité d’action. Elle refuse que la situation soit figée. Elle pousse à explorer, à contester, à remettre en question.
Le mental analyse, cherche des solutions, mobilise de l’énergie pour savoir s’il reste une marge de manœuvre.
C’est ici qu’un point fondamental intervient : le processus d’acceptation peut être interrompu — et parfois il doit l’être.
Car toute perte n’est pas irréversible. Certaines situations ne demandent pas d’être acceptées, mais transformées : abus, violence, injustice, relation destructrice, conditions indignes.
Accepter trop rapidement l’inacceptable peut conduire à un faux processus de deuil — une forme d’abandon prématuré alors qu’un changement reste possible.
La colère, dans cette étape, peut être une boussole.
Elle signale parfois qu’une limite a été franchie.
Qu’une action est nécessaire.
Qu’une protection doit être mise en place.
Le discernement est essentiel :
Sommes-nous face à une réalité définitivement immuable ?
Ou face à une situation qui appelle un positionnement et un changement ?
Un accompagnement peut être précieux dans cette étape afin d’éclairer cette tension entre l’énergie du changement possible et la reconnaissance d’une impuissance réelle.
Lorsque la personne constate qu’aucune transformation n’est possible malgré les tentatives, alors le lâcher-prise devient progressivement envisageable, ouvrant la porte à l’étape suivante : la tristesse.
5. La tristesse
Lorsque la réalité de la perte commence à être intégrée, une profonde tristesse émerge. C’est l’étape du véritable lâcher-prise.
La tristesse permet d’évacuer la tension accumulée dans les phases précédentes. Les larmes ont une fonction régulatrice : elles apaisent, relâchent les toxines accumulées, purifient.
Oui, pleurer fait du bien.
Mais rester figé dans cette étape peut mener à un épuisement intérieur et à une perte d’élan. La personne peut avoir des difficultés à se projeter dans l’avenir.
La tristesse n’est pas une faiblesse. Elle est un passage. Elle prépare l’acceptation.
6. L’acceptation
Au cœur même de la douleur se trouve un point de bascule.
L’acceptation ne signifie ni oublier, ni approuver ce qui s’est produit. Elle signifie reconnaître la réalité telle qu’elle est.
C’est un changement intérieur :
“Cela s’est produit. Je ne peux pas revenir en arrière. Mais je peux avancer autrement.”
En affrontant notre plus grande peur — vivre sans l’autre, changer de trajectoire, perdre une sécurité, se confronter à notre propre mort — nous découvrons que nous pouvons trouver des ressources pour continuer.
La personne parvient progressivement à intégrer l’événement dans son histoire. Elle peut se souvenir sans être submergée. Elle commence à redéfinir son existence et à retrouver confiance en elle.
7. La reconstruction
Après l’acceptation vient la reconstruction.
Accepter, c’est comprendre.
Comprendre, c’est transformer.
La résilience se met en place. Petit à petit, la personne retrouve son énergie, ses capacités, son envie de créer du lien et de se projeter dans l’avenir.
Pour certaines personnes, un puissant facteur de résilience apparaît : l’engagement.
Lorsqu’une perte est liée à une injustice — accident évitable, violence, discrimination, défaillance institutionnelle — s’engager dans une cause, un mouvement militant ou une action de sensibilisation peut donner un sens nouveau à la souffrance vécue.
Transformer la douleur en action permet de :
- retrouver un sentiment de pouvoir,
- honorer ce qui a été perdu,
- protéger d’autres personnes,
- redonner une direction à son énergie.
La vie ne redevient pas “comme avant” — elle devient différente.
Et dans cette différence peut naître une profondeur nouvelle, une conscience élargie, parfois même une mission.
En conclusion
Ces sept étapes sont des repères pour comprendre le cheminement du deuil et de l’acceptation.
Après avoir été sidéré, nié, crié, combattu, pleuré, intégré — nous pouvons nous ouvrir à quelque chose de nouveau.
L’acceptation n’est pas un renoncement.
C’est un passage.
Un passage vers un autre possible.
Approche scientifique : ce que dit la psychologie
Le modèle des étapes
Le modèle initial a été proposé par Elisabeth Kübler-Ross (1969) à partir de l’observation de patients confrontés à la fin de vie.
Il décrivait cinq étapes : déni, colère, marchandage, dépression (tristesse), acceptation.
Ce modèle a ensuite été élargi et adapté à d’autres formes de pertes.
Aujourd’hui, la recherche souligne que ces étapes ne sont pas linéaires. Elles représentent des tendances émotionnelles possibles, non un schéma obligatoire. J’ai pu étudier ce modèle avec Jacques Poujol avec une profondeur supplémentaire.
Un processus dynamique
Les travaux de George Bonanno ont montré que la résilience est plus fréquente qu’on ne le pensait. Certaines personnes ne traversent pas toutes les phases de manière identique. (En français Cyrulnik, B. aborde cet aspect.)
Le deuil est un processus adaptatif variable selon :
- la personnalité,
- les ressources internes,
- le soutien social,
- l’histoire de vie.
Les bases neurobiologiques
Face à une perte :
- L’amygdale détecte la menace.
- Le cortisol augmente.
- Le système nerveux autonome active des réponses de sidération, fuite ou lutte.
Le déni correspond à une régulation temporaire.
La colère active le système de lutte.
La tristesse favorise le ralentissement nécessaire à l’intégration.
L’acceptation est associée à une meilleure régulation entre cortex préfrontal (prise de recul) et structures émotionnelles.
Acceptation active et pouvoir d’action
Les recherches en psychologie de l’adaptation distinguent :
- l’abandon passif,
- l’acceptation active suivie d’un repositionnement.
Dans les situations d’injustice ou d’abus, une acceptation prématurée peut être une stratégie de survie plutôt qu’une véritable intégration.
La colère peut alors jouer un rôle adaptatif en signalant la nécessité d’un changement ou d’une protection.
Le modèle du double processus
Stroebe et Schut ont proposé le modèle du double processus :
l’individu oscille entre
- une orientation vers la perte (émotions, tristesse),
- une orientation vers la restauration (réorganisation, projets).
Cette oscillation est normale et saine.
Croissance post-traumatique
Les travaux de Tedeschi et Calhoun ont identifié la possibilité d’une croissance post-traumatique :
- redéfinition des priorités,
- approfondissement des relations,
- engagement accru envers ses valeurs,
- investissement militant ou social.
La souffrance n’est pas positive en soi.
Mais la transformation reste possible. Après de graves maladies une croissance est souvent observée.
📚 Bibliographie francophone
1. Kübler‑Ross, E., & Kessler, D.
Sur le chagrin et sur le deuil : trouver un sens à sa peine à travers les cinq étapes du deuil. Éditions Jean‑Claude Lattès, 2009.
2. Cyrulnik, B.
La Résilience ou comment renaître de sa souffrance ? Odile Jacob, 2001.
3. Stroebe, M., & Schut, H.
Le modèle du double processus du deuil.
4. Tedeschi, R., & Calhoun, L.
La croissance post-traumatique : transformer l’épreuve en levier de vie. Traduction française disponible dans articles scientifiques francophones.
5. Alix Noble Burnand
Le deuil, mode d’emploi – Pour apprendre à perdre sans se perdre.
6. Jacques Poujol
Les étapes du développement psychologique et spirituel (Essenciel)
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